Mlle de la Fayette avait plusieurs appuis à la cour : un de ses oncles était évêque de Limoges et aumônier de la reine Anne d’Autriche. Une autre de ses proches parentes, Mme de Senecey, était la première dame d’honneur de cette même reine. Ils lui demandèrent pour Marie-Louise une place dans sa maison en tant que fille d’honneur et la présentèrent à la reine « à qui elle eut le bonheur de plaire »

Anne d'Autriche
La jeune fille était une personne d’« une beauté remarquable », brune aux yeux clairs, d’une « parfaite modestie », d’une « grande douceur », d’une « naïve et noble simplicité » et possédait « une des plus belles voix qu’on pût entendre » Mlle de la Fayette était donc en tous points aimable et avait tout pour plaire à la cour. Comme le dit un historien, Dreux du Radier : « Ses charmes semblaient être faits pour seconder sa vertu, et en augmenter l’éclat ; de même que sa sagesse et sa modestie ajoutaient à sa beauté » Mais elle était fière ; fierté « noble et digne, sans doute, mais qui, ainsi que toutes les qualités humaines, a son point de jonction avec un défaut » Elle se fit néanmoins vite aimer de tous à la cour et s’attira une excellente réputation.
Louis XIII était très différent de son père Henri IV, surnommé le « Vert-Galant » Il était humble et dévot, chaste, et, s’il n’eut jamais de maîtresse, il ne pouvait se passer de favoris. Il prisait le bel esprit, la discrétion, la sagesse. Le roi était alors épris de Marie de Hautefort, et ce depuis 1630. Mais leur liaison resta purement platonique ; les couplets du temps témoignent de l’étonnement des courtisans. Mais Mlle de Hautefort était une intrigante et ne sut conserver longtemps l’amitié du roi.

Louis XIII
C’est alors que, le 18 février 1635, à l’occasion d’un ballet du Mardi Gras, « où elle excellait, dansant parfaitement bien », Louis XIII remarqua Marie-Louise de la Fayette. Elle était costumée en divinité. « Après l’avoir longtemps admirée, il lui donna toute son estime ; il considérait plus en elle les grâces de son esprit et de son âme que la beauté de son corps », disent les chroniques de l’époque. Il « aimait la vertu en Mlle de la Fayette et vénérait les grâces de sa personne ; il se plaisait avec elle, non pas d’une complaisance vaine et pleine de flatterie, mais pour la solide sagesse qu’il lui trouvait ; ses entretiens étaient pleins d’agrément, plus propres à élever le cœur à Dieu qu’à l’attacher à la créature »
Elle fut invitée, le 12 avril suivant, à une des chasses que le roi organisait à Versailles, qui n’était alors qu’un petit pavillon qu’il affectionnait. Marie-Louise allait devenir une assidue de ces séjours, où le protocole laisse place à l’intimité, prisée par un monarque possédant « un goût décidé pour la retraite » Le roi lui fit partager ses passions : « les oiseaux, la peinture, la musique et la conversation » et bien sûr à la chasse. Elle écoutait et comprenait, compatissante, un roi que les peines n’avaient pas épargné. Simone Bertière remarque : « Auprès d’elle il trouvait ce qu’il n’avait jamais rencontré en personne, une admiration sincère, absolue »
Dés que la faveur de Mlle de la Fayette débuta, les courtisans se bousculèrent pour lui offrir leurs services. Si cet empressement lui fit d’abord illusion : « elle n’était point fâchée d’être recherchée des uns et crainte des autres », cela ne dura guère, la jeune fille songeant à sa vocation religieuse. Lorsque le roi venait l’entretenir, ce qu’il faisait toujours chez la reine et en présence de toute la cour, Marie-Louise implorait « le secours de Dieu, afin qu’ainsi que le Prophète, sa bouche ne s’ouvrît que pour le jugement et la justice »

Louise de la Fayette
Contrairement à Marie de Hautefort, Mlle de la Fayette ne fut pas victime des couplets désobligeants de la société. Le seul événement qui déclencha les rimeurs est un fâcheux incident qu’elle commit lors d’une conversation avec le couple royal et d’autres filles d’honneur. Marie-Louise fut prise d’un fou rire tel qu’elle s’oublia malencontreusement, « si bien qu’elle fut longtemps sans oser se lever » comme le rapporte un valet d’Anne d’Autriche. L’affaire se sut et un huitain circula, au grand mécontentement du roi :
« Petite la Fayette
Votre cas n’est pas net ;
Vous avez fait pissette
Dedans le cabinet
A la barbe royale
Et même aux yeux de tous,
Vous avez fait la sale
Ayant pissé sous vous »
Comme le souligne Pascal Arnoux : « La vie de cour sous Louis XIII présentait encore des mœurs assez frustres » Mais l’anecdote témoigne également de la gaieté de la jeune fille que ses pieux biographes prennent souvent pour une personne d’une bigoterie austère.
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