Marie-Louise était surtout la confidente du roi. Louis XIII lui parla de son Premier ministre, le cardinal de Richelieu. Sa puissance lui portait ombrage, ne supportant pas de se laisser « bassement gouverner », comme le dit Mme de Motteville. Nonobstant le risque d’une disgrâce, Mlle de la Fayette « le fortifia dans cette aversion »
Ledit cardinal, qui surveillait de près le roi et ses favoris, remarqua vite la faveur de Marie-Louise. Mme de Motteville dit de cela : « Le cardinal fit son possible pour la gagner, comme toutes les personnes qui approchaient du roi ; mais elle eut plus de courage que tous les hommes de la Cour, qui avaient la lâcheté de lui aller rendre compte de tout ce que le roi disait contre lui. […] Mais une fille eut l’âme plus ferme et plus belle qu’eux : elle eut le courage de se moquer de la mauvaise fortune »

Richelieu
Le crédit de Mlle de la Fayette en était à ses sommets. Elle ne manqua pas de favoriser ses parents : Mme de Senecey et l’évêque de Limoges étaient devenus des intimes du monarque, qui les recevait avec la plus grande liberté. Ces privilèges avaient étés accordés sans l’entremise de Richelieu, lequel, enrageant sans mot dire, redoubla d’insistances auprès de Marie-Louise afin de la mettre dans ses intérêts. Elle était « hardie de mépriser les promesses du cardinal, et à braver sa puissance. […] elle ne craignait pas de découvrir librement à ce monarque les défauts de son ministre, parce qu’étant résolue de tout quitter elle n’avait rien à perdre » En effet, la jeune fille de dix-sept ans nourrissait toujours l’espoir de se retirer au couvent. « Le roi s’opposait fortement au dessein qu’elle avait de se faire religieuse, et pour l’en détourner, il lui promettait de l’établir dans le monde avec tous les avantages qu’elle pouvait désirer »

Richelieu
Le cardinal fit tout pour perdre Mlle de la Fayette ; il intercepta les lettres qu’elle échangeait avec Louis XIII, et, non content de les lire à son gré, il en substituait parfois d’autres afin de causer la discorde entre le roi et sa favorite platonique, avec l’aide d’un complice. Il se nommait Boisenval et avait été distingué par le roi et Marie-Louise. Le serviteur qu’ils croyaient fidèle était en fait un espion du cardinal. La supercherie découverte, il fut chassé.
Comprenant qu’il ne parviendrait pas à la discréditer dans l’estime royale, Richelieu tira parti de la vocation monastique de Mlle de la Fayette, laquelle n’en faisait pas mystère. Le roi, on le sait, ne s’opposait au retrait de sa favorite, Anne d’Autriche, de même, ne voulait pas perdre sa fille d’honneur sur qui elle savait pouvoir compter. Les relations de Marie-Louise désiraient également qu’elle restât à la cour, en totale opposition au cardinal qui tentait de mettre tous les courtisans dans son intérêt.
C’est alors que, début 1636, le Père Caussin, jésuite, fit son entrée à la cour en tant que confesseur du roi. Richelieu s’était chargé de cette nomination et entendait faire du Père sa créature. « Dés lors que je fus appelé au service du roi, écrit-il, l’on me dit qu’il y avait un dangereux écueil pour moi qui était une fille que le roi chérissait grandement, laquelle donnait déjà de grandes jalousies au ministre ; et je jugeai bien que l’un la voulait garder par raison et l’autre la perdre par intérêt, ne l’ayant pu gagner par ses artifices ; que tous deux se voudraient servir de mon ministère pour leur intention » Bien que se sachant être en danger, le Jésuite poursuit : « Néanmoins, j’entrais avec une grande résolution de servir aux intérêts de Dieu et non pas à ceux des hommes, étant bien déterminé au tomber par vertu que de m’affermir par lâcheté »
De son côté, Marie-Louise se confortait de jour en jour dans sa vocation, mais « attendait le signe de Dieu » avant de concrétiser son projet. Elle s’ouvrit au Père Carré, fort prisé par les dames de la cour, mais qui, « vendu servilement au grand Ministre, abusait du titre de directeur des âmes pour les faire tomber dans les filets de la politique » Il jurait tous les ans obéissance à Richelieu, « faisait parler Dieu selon l’intérêt » et, selon les desseins du cardinal, précipitait l’ingénue jeune fille à se retirer.
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