"L'avocate de la vertu de toute la chrétienté"

  En 1636, le roi expliqua à son confesseur, Caussin, « la sincère affection qu’il avait pour Mlle de la Fayette et le plaisir innocent qu’il prenait en vertu de sa conversation » En parlant de la vocation de Marie-Louise, Louis XIII dit : « Cela me donne de l’appréhension » Le Père trouva « tant de modération et de pureté » en ladite affection qu’il éprouva « dés lors une tendre compassion pour ce bon prince qu’on voulait priver d’une amitié si raisonnable […] je ne voyais point de danger en son affection » Comme le dit Mme de Motteville : « Le Père Caussin, au lieu d’adhérer au cardinal de Richelieu, comme il en fut soupçonné, la conseilla, vu les intentions innocentes qu’il lui croyait, de ne point se faire religieuse »

  Mlle de la Fayette demeura longtemps partagée, n’osant concrétiser ses projets. Il en coûtait à sa fierté naturelle d’avoir l’air de céder uniquement à cause de la toute-puissance de Richelieu Elle « remplissait avec une rare distinction ses devoirs près de la reine », mais sa conscience se trouvait fort tourmentée, ne sachant se résoudre à quitter un roi qui l’estimait grandement. C’est vers cette époque que Marie-Louise affirma au Père Caussin : « Je m’estimerais heureuse de porter ma tête sur un échafaud pour le salut du Roi et la liberté de la France » Car elle s’était mêlée de politique : la fille d’honneur pensait faire son devoir en peignant au Roi la mauvaise influence de Richelieu. Elle a d’ailleurs été présentée comme « l’avocate de la vertu et de toute la chrétienté » Lorsqu’elle lui parla de sa vocation, le Père Caussin en écrivit : « Je craignais de priver le public d’un instrument de sa félicité ; et je jugeais qu’il était expédient qu’il y eût toujours à la cour quelque obstacle pour modérer cette excessive puissance que prenait le Cardinal : je [la] regardais comme un petit grain de sable que Dieu avait placé de sa main sur le rivage pour modérer les débordements de cette grande mer »

  En avril 1637, Louis XIII lui fit part d’un souhait inattendu : « Avant qu’elle fût tout à fait résolue de se mettre en religion, écrit Mme de Motteville dans ses Mémoires, ce grand Roi, si sage et si constant dans sa vertu, avait eu néanmoins des moments de faiblesse, dans lesquels il l’avait pressée de consentir qu’il la mît à Versailles, pour y vivre sous ses ordres » Elle ajoute : « cette proposition si contraire à ses sentiments ordinaires l’ayant effrayée, fut cause qu’elle se détermina plus promptement à sortir de la Cour, pour prendre des engagements qui pussent lui ôter des sentiments de cette nature »
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Dernière mise à jour de cette page le 27/04/2006

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