Dés le lendemain de cette conversation, Marie-Louise demanda à entretenir le Père Caussin. Elle lui fit part de la décision irrévocable qu’elle avait de quitter la cour. Voici la réponse que lui fit le Jésuite :
« Eh quoi ! quitter la Cour, un Roi qui vous aime et tant de belles espérances, pour prendre un voile et vous ensevelir toute vivante entre quatre murailles ! Vous ne savez ce que c’est de quitter son propre jugement, d’abandonner sa propre volonté et de vivre à la merci de personnes inconnues […] une jeune fille de dix-neuf ans, toute bonne et innocente, fuir un Roi pour courir à une prison ! […] Vivez avec lui et faites tout le bien que vous pourrez par son moyen, puisque Dieu vous a donné tout pouvoir sur son esprit.
-Ma vocation, répondit Marie-Louise, est une affaire à laquelle j’ai bien songé : elle m’a été inspirée de Dieu dés mon enfance […] Au reste, il vaut mieux quitter le monde que d’attendre que le monde nous quitte : j’aime mieux faire pour la vertu et dans la vigueur de l’âge ce que d’autres ne feraient que par désespoir et nécessité.
- […] N’est-ce pas que vous aurez désiré quelque chose du Roi, qu’il ne vous a pas accordé ?
- […] J’ai toutes les satisfactions possibles de la bonté du Roi. […] Il en trouvera assez qui aimeront sa fortune. Moi, je me suis toujours attachée à sa vertu : et après l’avoir aimé, il ne faut plus aimer que Dieu.
-Mais, ma Fille, n’est-ce point que cette affection du Roi attire sur vous des ombrages […] et que pour cela vous courez en un monastère pour vous mettre à couvert ?
- […] Le favori [Richelieu] m’a fait assez rechercher ; mais comme je n’ai jamais voulu avoir d’obligation à l’aimer, je n’ai point sujet de le craindre. Loin d’aller en religion par un chagrin et pour me garantir de la persécution, j’ai eu une singulière complaisance à lui résister ; et maintenant que je quitte le monde, je n’en emporte qu’un déplaisir, qui est de lui donner de la joie de ma retraite.
- […] Mais pensez-vous avoir assez de forces pour une vie aussi austère ?
-Mon Père, j’ai fait choix de la Visitation, où l’on n’a pas tant besoin de forces corporelles »
Et la fille d’honneur de la reine conclut en demandant au religieux de demander à Louis XIII son consentement. Lequel répondit le lendemain : « Il est vrai que je la tiens bien chère ; mais si Dieu l’appelle en Religion, je n’y mettrais point d’empêchement, et, si je savais que ma présence y mit obstacle, je m’en irais dés à cette heure et ne la reverrais plus »
Le Père Caussin avertit alors Richelieu de la retraite imminente de Mlle de la Fayette. Le cardinal « goûta fort le commencement de cette belle histoire » mais, lorsque le Jésuite qu’il avait naguère choisi lui annonça que le comte et la comtesse de la Fayette n’avait pas encore donné leur assentiment à la retraite de leur fille, il s’écria : « Vous devez passer outre et porter cette affaire plus en avant ; il ne faut pas faire languir le Roi plus longtemps »

Louis XIII
Le Père pensait au contraire que cette vocation, bien qu’acceptée, ne devait pas être précipitée. De toute façon, l’accord des parents se faisait attendre, car ils étaient « instruits de la diversité des sentiments du Roi et du Cardinal sur la vocation de leur fille »
1. sdf Le 16/07/2009 à 02:33
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