Le Jésuite, qui avait déjà obtenu la permission de Mme de Senecey, se présenta chez le roi à son lever, le 19 mai 1637. Il lui fit part de la « sollicitation pressante » de sa favorite. Louis XIII s’assit alors sur son lit, visiblement très ému. En larmes, il dit au Père : « Qu’est-ce qui la hâte ? Ne pourrait-elle encore différer quelques mois, attendant que je parte pour aller à l’armée ; cette séparation m’eut été moins sensible, et maintenant j’en suis au mourir » Le confesseur, lui-même touché par la peine du roi, affirma qu’il était prêt à raisonner Mlle de la Fayette à retarder son départ. Mais Louis XIII s’écria alors : « Ne le faites pas, car si je l’empêche à présent et qu’elle vienne à perdre sa vocation, j’en aurais regret toute ma vie. Jamais rien ne m’a tant coûté que ce que je fais à cette heure ; mais il faut que Dieu soit obéi. Allez lui dire que je lui donne congé et qu’elle peut partir quand il lui plaira »
Dés que le Père Caussin informa Marie-Louise, elle ne perdit pas un instant. Comme le dit le Jésuite : « Jamais je ne vis expédier une grande affaire plus promptement » La fille d’honneur se précipita au lever de la reine, vers dix ou onze heures comme il sied en Espagne d’où est native Anne d’Autriche, et lui déclara : « Après avoir eu l’honneur d’être une de vos Filles, je deviens aujourd’hui celle de Sainte-Marie. Je ne pouvais choisir une moindre Maîtresse sans dégénérer, après avoir été à une si grande Reine » Anne d’Autriche, bouleversée par le départ de Mlle de la Fayette, lui « témoigna beaucoup d’affection »
Le roi, non moins chagriné, fit alors irruption chez son épouse. Marie-Louise lui dit : « Eh quoi ! Sire, quelle apparence de pleurer ce que vous avez approuvé et de vous attrister sur l’accomplissement de la volonté divine ! Après avoir été honorée de vos bonnes grâces, que pourrais-je souhaiter sinon d’entrer dans celles de Dieu ? J’ai des obligations infinies à Votre Majesté, mais la plus signalée est celle que je reçois aujourd’hui en la permission que vous me donnez et je ne saurais vous en rendre assez de grâces. Je vous demande pardon, avec tout le respect que je vous dois, de tant d’imperfections que votre bonté a toujours supportées en moi. Je m’en vais dans un lieu où je serais plus à Votre Majesté que jamais, employant le reste de mes jours à prier pour la conservation de votre personne sacrée, et pour la prospérité de votre Etat. […] J’espère que vous m’obtiendrez par vos prières que j’estime beaucoup, la grâce d’être une bonne religieuse » A quoi Louis XIII répondit : « Allez où Dieu vous appelle ; il n’appartient pas à un homme de s’opposer à sa volonté […] Je ne veux pas avoir à me reprocher un jour de vous avoir détournée d’un si grand bien » Après quoi, ils se dire adieu, le roi partant pour Versailles, « pour dissiper le chagrin où il était »
Mlle de la Fayette descendit ensuite dans son appartement. La comtesse de Fleix, fille de Mme de Senecey, raconta à Mme de Motteville que Marie-Louise se précipita aux fenêtres, qui donnaient sur la cour du château, afin de voir le roi monter en carrosse, « pressée de la tendresse qu’elle avait pour lui » Après avoir assisté à son départ, elle se tourna vers sa parente, et, au comble de la douleur, lui dit : « Hélas ! je ne le reverrais plus ! »
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