Marie-Louise, qui n’avait pas vingt ans, entrait le 19 mai 1637 au couvent de la Visitation de la rue Saint-Antoine à Paris. Cette maison, fondée en 1619, était la première de l’Ordre créé par Sainte Jeanne de Chantal et Saint François de Sales. Saint Vincent de Paul en eut peu après la direction spirituelle.

Saint François de Sales
Il s’agissait d’un Ordre contemplatif, « où l’on n’a pas tant besoin de forces corporelles », comme le remarquait justement Mlle de la Fayette, et qui pouvait s’adapter, par ses règles souples, aux santés les plus fragiles. Lorsqu’elle y entra, il était dirigé par la Mère Hélène-Angélique Lhuillier, « ferme, forte, généreuse et pleine de douceur » Elle reçut la jeune postulante « avec une grande joie, bénissant le Seigneur Fort et Puissant qui se sait faire de telles victimes »
La Sœur Louise-Eugénie de Fontaine dit de cette arrivée : « Ma sœur de la Fayette s’est donnée parfaitement à Dieu dés le commencement, ne s’étant rien réservé d’elle-même : son cœur et son esprit furent de saintes victimes qu’elle immola par un si entier sacrifice qu’il ne lui resta rien du propre amour ; tout en elle fut sacrifié à Dieu par un parfait holocauste » Mlle de la Fayette avait donc sans doute vaincu son plus grand défaut : la fierté, qui lui avait fait tant différer sa vocation. La Sœur de Fontaine ajoute : « Dés le premier jour elle montra un grand mépris du monde, se mettant dans toutes les pratiques religieuses avec une admirable ferveur. […] Son esprit avait fait un entier divorce avec cet ennemi de notre salut [l’esprit du siècle]. On était surpris qu’une personne qui avait vécu dés sa plus tendre jeunesse au milieu de la cour, en eût si tôt oublié les principes »
Ce retrait du monde avait vivement impressionné la reine. « Elle voulut voir par elle-même », dés le lendemain, donc le 20 mai, si celle qui fut sa fille d’honneur « ne s’était pas déjà repentie » Marie-Louise, qui avait été prévenue de cette visite, ne changea rien pour autant à son habillement. Elle apparut à Anne d’Autriche : « les cheveux couchés sous son bonnet ; une manière de serviette pliée en biais sur son cou ; des demi-manches, attachées à celles de sa robe, qui lui serraient les bras jusqu’au poignet ; elle ôta le bourrelet de sa robe, laquelle elle ferma contre l’ordre de la mode en ce temps-là » Cette vision émut vivement la souveraine ainsi que les dames qui l’accompagnaient. L’une d’entre elles lui dit : « Je pense, ma chère, que tu es folle de t’habiller ainsi » A quoi la jeune fille répondit humblement : « Je croyais vous avoir laissé la folie en vous laissant le monde »
Son départ de la cour avait fait grand bruit ; on s’émouvait de cet édifiant spectacle, si bien que « tout Paris courait en foule au monastère de la rue Saint-Antoine pour y voir Mlle de la Fayette » Personne ne songea à y mettre obstacle, et, alors qu’elle était « toute lasse et ne demandait que la retraite et le saint habit », Marie-Louise reçut quantité de visiteurs au parloir. Richelieu trouva lui aussi à s’en plaindre.
Cependant elle n’était point encore religieuse. Les hésitations s’élevaient de toutes parts. « Le Roi n’y voulait point entendre, écrit le Père Caussin, disant que ce n’était point son métier de mettre les filles en religion. Le Cardinal, à qui il appartenait de faire la cérémonie, s’en lavait les mains. Madame de Senecey disait qu’elle ne pouvait rien faire sans l’ordre des parents » Enfin, après plusieurs semaines, c’est la Mère Lhuillier qui consentit à lui faire prendre l’habit. Anne d’Autriche, « avec une grande cour » et surtout ses filles d’honneur dont Mlle de la Fayette faisait partie, assista à l’événement, qui eut lieu en juin 1637. Tous parurent fort émus de ce spectacle.
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