« Le Roi ne fut pas longtemps sans l’aller voir dans le couvent des Filles de Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine », écrit Mme de Motteville. Louis XIII, « tournoyant un jour aux environs de Paris », se rendit au cloître où demeurait celle qui avait été sa favorite durant deux ans. C’était le 2 juillet 1637. Le roi rencontra d’abord la Mère Lhuillier et refusa d’entrer dans le couvent comme son droit royal l’y autorisait, et demeura à la grille du parloir. Lorsque la Mère lui amena la jeune novice, il la rassura : « Je ne viens point pour détourner cette âme vaillante de son noble dessein » Louis XIII et Sœur Angélique demeurèrent relativement seuls, de sorte que personne n’entendit rien de leur conversation, qui dura trois heures, si ce n’est « quelque mélange de sourires et de larmes »
Le roi fut vivement édifié de sa conversation. Comme le dit le Père Caussin : « Jamais discours de piété n’avait tant touché le cœur du Roi » Dreux du Radier remarque quant à lui : « La fin des entretiens était toujours triste ; on se quittait en pleurant, et le roi revenait plongé dans une sombre mélancolie. La reine même craignit que la santé du roi ne s’en altérât »
Mais Richelieu trouva encore à se plaindre de l’humble fille d’honneur entrée en religion. Auparavant, alors que le roi, très abattu, était parti pour Versailles le jour de l’entrée en religion de Marie-Louise, le cardinal « se mit à blâmer le départ de Mlle de la Fayette, disant qu’on avait trop précipité cette affaire, et que c’était la faute de Mme de Senecey » La rencontre du 2 juillet lui causa de grandes frayeurs. Il n’en avait été informé que par le Père Caussin. Richelieu l’avait fait venir chez lui et lui avait demandé : « Hé bien, à quoi songeait le Roi de faire cette visite avec tant d’artifices, de détours et de silence ? » Et, après avoir reprit sa fierté et sa dissimulation, il répondit au Père que si Louis XIII à tenu l’événement sous silence, c’est à cause de ses grandes occupations, qui ne lui permettent pas de s’« arrêter à des bagatelles »
La « bagatelle » ne cessa pas, pourtant, de le tourmenter. Richelieu dit un jour au même Jésuite « qu’il y avait quelque grand dessein caché là dessous » Le roi revint néanmoins faire de fréquentes visites à la Sœur Louise-Angélique. Il « n’avait pas de plus grand plaisir que de converser avec » et « en sortait meilleur »
En plus de conserver le statut de confidente royale qu’elle avait avant son entrée au couvent, la visitandine avait en effet un « grand dessein » En quittant la reine le jour de son départ de la cour, au service de laquelle elle était restée cinq ans, Mlle de la Fayette lui avait promis « d’offrir sans cesse ses plus ardentes prières pour sa prospérité » Car, à trente-six ans, Anne d’Autriche se trouvait sans enfant. Il faut dire que si le mariage royal avait été consommé, Louis XIII, décrit comme chaste et pudibond, ne mettait pas pour autant beaucoup d’ardeur à l’ouvrage. Mais pensant que le problème venait de son épouse, il songeait à la répudier. La Sœur Louise-Angélique entreprit donc de persuader le roi à rendre ses devoirs à Anne d’Autriche, laquelle désespérait d’être mère.
Voici ce qu’il se passa selon la tradition : « Au commencement de décembre, raconte le mémorialiste Montglat, la reine étant à Paris et le roi à Versailles, il en partit pour coucher à Saint-Maur. Il passa dans Paris et s’arrêta au Filles de Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine, pour voir Mlle de la Fayette ; mais quand il fut prêt d’en partir il survint une pluie si grande et un vent si impétueux, […] que les hommes et chevaux ne pouvaient aller. […] Cet accident embarrassa fort le roi, à cause que sa chambre et son lit, et ses officiers de bouche étaient à Saint-Maur. Il attendit longtemps pour voir si le temps changerait : mais voyant que ce déluge ne cessait point, l’impatience le prit » On lui suggéra alors d’envoyer « demander à souper et à coucher à la reine. […] Seulement le roi dit que la reine soupait et se couchait trop tard pour lui » Louis XIII finit alors par se résoudre à faire lit commun avec son épouse. Cette dernière « reçut cette nouvelle avec une joie extrême, d’autant plus grande qu’elle ne s’y attendait pas ; et ayant donné ses ordres pour faire que le roi soupât de bonne heure, ils couchèrent ensemble, et cette nuit la reine devint grosse […] »
Mais comme en conclut justement Simone Bertière : « ce charmant récit est aujourd’hui mis en pièces par les historiens […] on ne peut plus voir dans cet orage la cause providentielle mettant fin, de par la volonté divine, à la séparation des époux » Il est en revanche très probable que les exhortations de la jeune Sœur Louise-Angélique en soient la cause.

Il semble qu’elle inspira également le « Vœu de Louis XIII », qu’il prononça le 10 février 1638. Il plaça son royaume et sa personne sous la protection de la Sainte Vierge, faisant ainsi développer son culte, surtout pour le jour de l’Assomption. Le 15 août suivant fut l’objet d’une très vive ferveur religieuse émanant du peuple qui espérait un dauphin. Proche de sa délivrance, Anne d’Autriche mit au monde un fils, le 5 septembre 1638. S’il reçut le prénom mérité de Dieudonné, la postérité l’a retenu sous son nom de règne, Louis XIV.

Anne d'Autriche et Louis XIV jeune
On couvrit Mlle de la Fayette de louanges pour son heureuse influence. Anquetil, historien du XIXe siècle, écrivit que sa « conduite est un modèle de vertu peut-être unique dans l’histoire » et un autre chroniqueur conclut : « Nul n’ignore que la naissance de Louis XIV fut due à ses incessantes prières » Elle fut également comparée à Déborah, prophétesse et juge israélite dont l’influence fut également heureuse en son temps.
1. Bertrand Mourre Le 22/11/2008 à 22:00
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie Pages personnelles
Créer un forum
- Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web