"La plus douce société de la pieuse reine"

  Les Mémoires du temps décrivent la Sœur de la Fayette comme « l’aide et l’appui de sa digne Supérieure, le modèle et l’amie dévouée de toutes ses Sœurs, la consolation et la plus douce société de la pieuse reine Henriette-Marie, qui lui ouvrait son cœur avec une entière confiance » La reine suivait fréquemment les exercices de la communauté et s’entretenait tous les jours avec la Supérieure et son Assistante, la Sœur Louise-Angélique. Cette dernière lui apprit à méditer, « ce qui obligea Sa Majesté à lui découvrir son intérieur, et même l’état de ses affaires. Elle suivit autant qu’elle put les règles de l’Ordre s’attachant même à travailler en communauté aux heures marquées avec les Religieuses, avec qui elle parlait familièrement, les traitant toutes avec beaucoup de cordialité, sans s’élever par aucune idée de grandeur. Ses manières douces et pleines de bonté les édifiaient beaucoup »

 

    Comme elle l’avait fait lorsque la communauté était à Sainte-Marie, Anne d’Autriche vint souvent visiter les religieuses. Elle y avait d’ailleurs un petit appartement. Le jeune Louis XIV honora également le couvent de sa visite, et s’y est fait un jour gronder par sa mère pour avoir fait enlever la clôture par fantaisie, pour y faire entrer son carrosse.

 

  Mlle de la Fayette fut en outre chargée de l’éducation de la jeune princesse Henriette-Anne, fille de la reine d’Angleterre. Plus tard, elle deviendrait duchesse d’Orléans et serait appelée communément Madame. « Sous un visage riant, dit Bossuet dans la célèbre Oraison funèbre de cette princesse, sous cet air de jeunesse qui semblait ne promettre que des jeux, elle cachait un sens et un sérieux dont ceux qui traitaient avec elle étaient surpris » Elle dut probablement ses vertus à l’éducation qu’elle avait reçue à Chaillot.

 

Portrait de van der Werff, Le Puy

Henriette-Marie de France

 

 

  La retraite de la reine Henriette-Marie et les fréquentes visites de ses fils au cloître suscita des médisances en grand nombre. « Chacun en parlait selon ses caprices ; les mondains, aveugles sur eux-mêmes et fort occupés à blâmer ce qui ne leur ressemble pas, ne manquèrent pas d’en former un scandale, et de dire ouvertement que la Reine d’Angleterre aurait mieux fait de laisser les religieuses dans leur couvent de Saint-Antoine, que de les faire venir dans un lieu où le grand monde la suivait ; ils ajoutaient mille invectives contre la piété de la Reine et les vertus des servantes de Dieu. Les dévots même se voulurent mêler de censurer les religieuses, sans se donner la peine de réfléchir sur les pieuses intentions de la Reine, ainsi que sur les manières pleines de modestie et de régularité avec lesquelles ces visites étaient rendues » C’était en 1652. Heureusement, cette tempête dura peu et l’on chanta de nouveau les louanges de Chaillot : « on y voyait un miracle continuel d’amour de la retraite et de mépris du monde eu milieu du monde même » On vit affluer les postulantes, à la grande joie de tous.

 

  Pendant ce temps, la Sœur Louise-Angélique persévérait dans ses vertus. « Les perfections de Dieu la touchaient sensiblement dans l’oraison ; la vue de sa souveraine grandeur la tenait dans un profond anéantissement d’elle-même, qui la portait ensuite à une parfaite soumission à la divine volonté, se remettant entièrement à la conduite de la céleste Providence, avec une telle confiance qu’elle espérait souvent contre l’espérance même ; elle avait ordinairement sur les lèvres cette belle parole d’Abraham : « Le Seigneur y pourvoira »

 

 C’est alors que, le 25 mars 1655, survint le trépas de la Mère Hélène-Angélique Lhuillier. Cette grande religieuse fut très regrettée. « Les sœurs de Chaillot étaient pénétrées de douleur. Elle [La Mère Lhuillier] leur avait dit en mourant qu’elle les remettait à une Mère qui était en tout capable de les consoler de sa perte ; c’était la Mère de la Fayette dont elle voulait parler et à qui elle donna beaucoup de marques d’amitié et d’estime »
Commentaire (1)

1. Raphaël Zacharie de Izarra Le 16/11/2008 à 14:04

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DEUX ORAISONS FUNÈBRES

Voici deux oraisons funèbres écrites pour mon père le docteur Ghérard de IZARRA décédé le 7 novembre 2008.

ORAISON 1

Un roman vient de s'achever.

Page après page, une aventure, une oeuvre, une vie s’est accomplie.

Ce livre inracontable que je vais tenter de résumer en quelques lignes, c'est celui de notre père le docteur Gérhard de Izarra.

Une histoire pas tout à fait comme les autres.

Personnage atypique, contrasté, contesté, souvent attaqué, rarement vaincu, acceptant sa différence sans le moindre complexe, le docteur de Izarra aura su en toutes circonstances demeurer fidèle à lui-même, c'est à dire entier, brûlant, indomptable.

Il avait la tête ailleurs, les pieds empêtrés dans les problèmes de ce monde, le coeur à la verticale. Les travers de la société lui pesaient, il la voulait chrétiennement, sincèrement changer. Il ne changea pas les hommes.

Mais les hommes, eux non plus, ne changèrent point ce contradicteur.

Fantasque, idéaliste, léger, emporté, rigoureux, grave, fantaisiste, épris de vérité, obsédé par de grandes et petites choses, émerveillé par les mystères de la nature et des hommes, enjoué, vivant, oui VIVANT avant tout, il jouait comme un enfant, méditait comme un sage.

Et priait comme une créature de Dieu qu'il avait intimement conscience d'être.

Dieu, la source de ses consolations, de ses éternelles, profondes interrogations...

Cet esprit brillant au caractère de chien vécut comme un héros de théâtre. Comme un roi dans une arène. C'était une légende, une statue, un décalogue. Ou plutôt c'était un homme. Tout simplement. Avec ses faiblesses, ses imperfections, ses maladresses, ses outrances, ses misères et ses gloires. Bref, tout ce qui fait une véritable personnalité. Et c'est aussi parce qu'il fut un homme que nous lui pardonnons ses excès. Et puis, reconnaissons que cet être pour le moins singulier n'était point une figure sinistre...

Des défauts certes il en avait, pour autant notre père ne manquait ni d'éclat ni d'envergure. S'il y a un jour solennel où l'on peut se permettre d'oublier les souvenirs amers, c'est bien aujourd'hui ! Alors oublions-les. On ne fait pas une personnalité sans casser des œufs... Notre père avait du tempérament. Si les qualités font l'ange, les défauts font l'homme. Et lui, c'était un homme, un vrai avec plein de défauts… humains. Un homme disais-je, une personnalité, un tempérament et non une ombre, non une image terne, non un semblant d'homme.

Lui, il vivait. Il bouillait. Il tonitruait. Corps et âme.

Il avait des oiseaux dans le coeur, des ailes dans la tête. De la plume également, couchant volontiers sur le papier ses fables de philosophe rêveur... Riche de son imagination, nécessairement il montait. Cela dit, il lui arrivait de tomber de ses nues : face au vertige du Mystère, effaré devant le miracle de la vie il vacillait, ne retrouvant l’équilibre que dans les bras de la religion.

Véritable légende, le docteur de Izarra ne sera pas passé inaperçu parmi ses semblables. Avec son esprit agité, ses engagements audacieux, ses ardeurs juvéniles, ses émotions fulgurantes, ses réactions impétueuses, il ne remportait pas tous les suffrages.

Mais il savait gagner les beaux esprits de sa pensée supérieure. Il laissait ses hôtes entre rire et larmes, qu'ils soient laudateurs ou détracteurs, simples observateurs de passage ou esprits curieux.

Et quand c'étaient des larmes qu'il inspirait, souvent ce n'étaient que des larmes de rires.

Avec les fracassants paradoxes de sa personnalité, mais aussi avec les âpres exigences et les francs succès de son destin qu'il assumait pleinement, notre père incarna le mieux, je crois, la flamme izarrienne : un état de grâce, une croix, une ivresse, un rêve fou, des fruits rares, un poème.

Une fierté.

Une grande, saine, inaltérable fierté.

Dans cette vallée de misères un homme s'est éteint. Quelque part dans le Ciel des esprits une étincelle s’allume.

Par le patronyme IZARRA, c'est un astre que l'on désigne en langue basque, est-il besoin de le rappeler ? Fermons la dernière page de ce roman grandeur nature sur cette belle allusion stellaire.

Le défunt pardonné, lavé de ses péchés, telle une particule de lumière monte au firmament.

Et les larmes ne sont plus que rosée dans l’azur.

ORAISON 2

C'est un homme que nous mettons en terre aujourd'hui. Un homme, pas un saint, pas une mauvaise graine non plus... Un homme, tout humblement.

Oui mais... N'importe quel homme ?

Oui et non. Et à vrai dire, non.

C'était notre père d'abord. Ce qui en soi est banal.

Une tempête ensuite. Et ici l'humilité deviendrait simple complaisance à la cause funèbre.

C'était une tempête disais-je, un esprit, un contestataire, un rebelle. Un astre et une misère, une cathédrale et un bouge, du noir et du blanc tout mêlés.

Entre gouffre et lumière.

Un être singulier, nécessairement riche de ses trésors, pauvre de ses haillons, fatalement.

Peut-on décemment résumer le disparu à une simple formule de circonstance ? Franchement, non. Définitivement pas.

C'était un homme tout humblement, c'est vrai.

Seulement l'homme était un IZARRA.

C'est beau et ça brûle. C'est âpre et c'est doux. Ca brille et ça explose.

Des reproches à lui faire, il n'en manquera certainement pas, depuis cette assemblée jusque Dieu sait où... Je ne nierai pas les travers de celui qu'on inhume. Pas plus que ses hauteurs d'ailleurs. Le docteur de Izarra avait les défauts de ses qualités. On pourra certes lui reprocher ses défauts. Pour autant, nul ne pourra lui contester ses qualités.

C'est le moment d'alléger nos coeurs. Aujourd'hui le docteur de Izarra est mort. Pardonnons-lui ses frasques dans un grand éclat de rire.

Ce n'était pas n'importe quel homme, non. Impossible finalement de le réduire à ce qu'il n'était pas. Le docteur de Izarra, c'était un personnage de roman. Mieux : un humble Homme.

Je dis bien, un humble Homme.

Avec une minuscule pour "humble", et pour "Homme", un grand H.

Raphaël Zacharie de Izarra
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Dernière mise à jour de cette page le 26/11/2007

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