Les dernières années de la Mère de la Fayette sont marquées par son grand dévouement pour ses filles et surtout par sa plus grande vertu, au dire de beaucoup : la charité, parfois au mépris de ceux qui prenait plaisir à blâmer ses œuvres. La Supérieure de Sainte-Marie en témoigne : « Elle reçut plusieurs filles sans dot, quoique dans les commencements la communauté de Chaillot fut très pauvre, ayant coutume de dire que lorsqu’on trouvait une bonne vocation, on ne devait pas regarder à la fortune. Elle a fait des aumônes considérables et a procuré de grands secours à une foule de personnes qui venaient confier leur misère à son cœur compatissant.
Elle a gardé longtemps dans son monastère, avec la permission des Supérieurs, une pauvre vieille femme à qui l’affliction de sa pauvreté avait fait perdre l’esprit. La charitable Mère, en étant avertie, lui ouvrit non seulement la porte de son monastère, mais surtout son cœur si bon. Pour motiver son entrée, elle dit que cette bonne femme ne serait pas inutile dans le monastère, qu’elle y assisterait les sœurs qui avaient soin de la basse-cour et qu’enfin, elle ferait pratiquer la charité. Toutes les fois qu’elle rencontrait cette pauvre femme elle l’embrassait avec une tendresse de mère, quelque dégoût qu’inspira sa personne.
Une autre fois la sœur portière lui vint dire qu’une pauvre femme de village était tombée dans la rivière vis-à-vis le monastère où elle s’était noyée et que l’enfant qu’elle portait était resté sur le bord de l’eau, elle ordonna que, sur le champ, on prît cette petite créature et qu’on la lui apportât. Elle la reçut avec une joie non pareille, nettoya elle-même la vermine dont elle était couverte et la remit aux soins d’une de ses religieuses la lui recommandant comme elle l’eût fait si c’eût été une fille de la première qualité.
Jamais elle n’a refusé son temps à personne, aux moindres comme aux plus considérables ; on l’a vue passer souvent trois ou quatre heures avec de pauvres villageoises pour les retirer du péril et les porter à faire des confessions générales.
[…] Sa charité allait si loin qu’elle ne faisait nulle difficulté de s’exposer aux maladies les plus dangereuses pour soulager les Sœurs, même celles du petit habit. Ce fut ainsi qu’elle gagna la rougeole dont elle pensa mourir ; et quant on essayait de la détourner de ces occupations, elle avait coutume de dire qu’une supérieure ne s’appartenait plus, mais qu’elle se devait à ses Sœurs »
En 1660, la reine Henriette, toujours retirée à Chaillot, eut la joie d’apprendre que les Anglais voulaient rétablir son fils, Charles, sur le trône. Elle fit rendre des actions de grâces et fit chanter un Te Deum par la communauté. La reine fit venir son fils au couvent pour lui dire adieu, le priant de ne pas oublier les bienfaits qu’il devait aux incessantes prières des religieuses et de protéger la foi catholique outre-Manche. Peu après son arrivée, celui qui était devenu Charles II fit parvenir « un rouleau de trois cent pistoles » que Henriette-Marie remit à Louise-Angélique en lui disant : « Il est bien juste, ma Mère, que vous et votre communauté ayez part au premier bien que j’ai à moi, puisque vous avez eu tant de part à la disette que j’ai soufferte »
Pour remercier son fils et lui manifester sa félicité, la reine décida de le rejoindre pour quelque temps à Londres. Hélas, durant son court séjour, elle eut le malheur de perdre deux de ses enfants, de voir son navire ensablé et sa fille Henriette-Anne tomber gravement malade. « Dés que nous fûmes averties, écrivent les religieuses, nous allâmes nous prosterner devant le Saint-Sacrement, et notre Mère Louise-Angélique fit vœu que, s’il plaisait à Dieu de retirer Sa Majesté du péril, nous ferions plusieurs dévotions tous les samedis en l’honneur de la Sainte Vierge. Nos prières furent exaucées ; peu après, la Reine fut en état de continuer sa navigation. Au commencement de l’année 1661, elle débarqua en France et arriva à Paris, d’où, quelques jours après, elle vint à Chaillot. Il est aisé de se figurer notre joie. Sa Majesté nous dit agréablement : ‘Me voici en mon centre avec nos Sœurs, que ne puis-je vous avoir à Londres’ »

Henriette-Anne d'Angleterre, fille de la Fondatrice de Chaillot
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